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lundi 9 septembre 2013

20_Rotation angulaire 2



Je savais que dans l'échelle de valeurs qu'on m'inculquait j'avais fait une faute très grave, je n'avais même pas été sincère dans mes justifications en pensant que c'était pour la bonne cause que j'allais chez Florence. Non c'était ma curiosité perverse qui m'avait poussé à l'acte. Je tenais absolument à savoir si la première de la classe y arrivait parce qu'on lui rossait régulièrement le train. Je tenais à me justifier que je ne recevais pas pour rien, que les corrections étaient des plus utiles, qu'elles nous aidaient à avancer quand on avait du mal.
J'avais trop peur de dire à ma mère que j'avais à nouveau mentit et ceci durant mon repentir, disant que les parents de Florence étaient au courant de mes venues.
En arrivant chez Florence, encore dans l'escalier, j'entendis des cris, ça venait de l'étage où habitait Florence, on frappait là bas. Des claquements secs suivis de hurlements ne laissaient pas de doutes. La punition était de celles qu'appliquaient les parents sévères, ceux qui aliénaient leur progénitures en les maintenant le plus longtemps possible dans une souffrance intenable lors de leur sacro-sainte corrections.
J'attendais devant la porte, c'était bien chez Florence qu'on appliquait la correction. Les cris perçants que j'entendais étaient ceux de ma bienfaitrice. Je constatais que Florence n'était pas de ceux pour qui ça s'arrêtait quand on voyait couler des larmes. A peine elle avait baissé la voix que ça claquait à nouveau, Des fois c'était deux claquements consécutifs qui renforçaient le timbre de ses terribles hurlements.
En silence, j'attendis une dizaine de minutes devant la porte avant que la situation se calme, je frappais à l'entrée. La mère de Florence vint m'ouvrir, une femme assez grande, cheveux bouclés, brune, la coupe courte comme celle de sa fille, une expression de visage rigide, de celle devant qui on baisse les yeux et on rase les murs quand on est gamine. Sa tenue vestimentaire non plus n'inspirait pas la joie, très formelle, chemise blanche, gilet marine, jupe plissée grise descendant sous le genoux, bas beiges et chaussons en cuir noir. Elle était étonnée de me voir, l'accueil fut à son image, formel, au pas de la porte.
Je lui présentait le cahier que j'étais venue rendre en disant que c'était pour Florence. J'évitais les explications avec cette présentation courte. Sa mère commença à me questionner, qui j'étais, et qu'est ce que cette histoire de cahier voulait dire. J'inventais que Florence en avais besoin pour ses cours, et qu'il était impératif que je le lui rende avant demain. Depuis que sa mère venait d'ouvrir la porte, dans l'appartement c'était le silence, le père de Florence avait arrêté d'engueuler sa fille, et Florence avait mis en sourdine ses pleurs. La mère de Florence avait prit le cahier m'informant qu'elle allait transmettre. Le plus simplement du monde, elle referma la porte. Moi j'avais mon angoisse qui m'attendait à l'arrivée, la cave. Si je n'avais aucune envie de rentrer, l'idée de la fureur maternelle me faisait presser le pas.

mardi 27 août 2013

19_Rotation angulaire 1



Quand j'allais au parc j'avais pour habitude de scruter l'attitude des parents en relation avec leur progénitures. J'essayais de deviner quelle était leur condition dans le cadre domestique. Parfois, la sévérité du cadre domestique était prononcée publiquement.
« Tu vas voir à la maison ce que tu vas te prendre », « c'est la déculottée qui t'attends ». Si il s 'agissait de paroles en l'air, les réactions à ce genre de phrases laissaient croire que la ou le destinataire connaissait bien le sujet.
Je me souviens d'un oncle éloigné qui était venu récupérer ses deux filles au parc en leur disant :
« A quelle heure vous deviez rentrer à la maison ?! » Et pour les mettre en condition, il déclara : « C'est la ceinture sur les fesses nues qui vous attend. » Les deux sœurs suivirent le père les têtes baissées, leur peur leur fit oublier de me dire au revoir.
Dans notre quartier, la ceinture, tout le monde y avait goûté plus ou moins. Certains derrières recevaient avec modération, c'est à dire occasionnellement, plusieurs fois par ans. Je peux estimer cette proportion à 70%. Chez les 30% restants, ça marchait à la baguette.
Il se trouvait fréquemment en classe une personne qui présentait les symptômes de ceux qui vivaient dans des conditions effroyables, j'avais pour référence mes voisins, Saïd et Karima.
Au collège j'avais repéré l'attitude de Florence, une fille plutôt grande, brune, les cheveux courts, bouclés, elle portait de grosses lunettes. Un visage qui n'inspirait pas la convoitise des garçons, bien que sa figure ne faisait pas rebuter le regard, toutefois, ses tenues vestimentaires ne la mettait pas en avant. Elle aussi devait porter des fripes, la fraîcheur des tissus en témoignait. Tout sa garde de robe effaçait l'ondulation de ses formes, des pantalons en toile, droits, des pulls et chemises amples, les chemises toujours portées rentrées dans le pantalon et fermées jusqu'au dernier bouton. Par dessus elle portait souvent les même parkas, effaçant sa taille apparemment peu prononcée. Comme chaussures, elle portait constamment des mocassins, je ne la voyais en jupe longue qu'à l'église.
Première de la classe, elle n'affichait aucune fierté, au contraire, son expression était effacée, son attitude introvertie, elle n'avait qu'une seule copine à qui elle parlait. Celle ci aussi avait l'attitude d'une souris grise, petite de taille, elle semblait simple d'esprit. Florence, elle avait la morphologie crânienne d'une intellectuelle, le front masculin, à la Fanny Ardant, les lèvres fines, les commissures tirées vers le bas. On ne lisait sur son visage aucune joie, et quand elle attendais les résultats des contrôles, c'était avec soulagement qu'elle récupérait ses copies, aucune prétentions n'émanait d'elle.
Serviable, polie, et sans prétention, apparemment rien ne laissait percevoir la moindre vague, rien ne laissait supposer qu'on puisse s'intéresser à elle, un véritable fantôme. Silencieuse, elle ne se mettait jamais en avant pour répondre. Qui aurais peu supposer qu'elle vivait dans la terreur, et son statut de bonne élève enlevait tout soupçons.
En dehors des cours, on ne la voyait jamais, jamais au parc, ni dans la rue, bien qu'elle habitait le quartier. Je ne fit pas grand attention à elle jusqu'au jour où elle reçu une note en dessous de ce qu'elle avait l'habite de recevoir. Un douze en français, sur le compte rendu d'un livre, une lecture de vacance. J'étais étonnée que ce ne soit pas elle qui reçoive en premier la copie. Notre prof rendait les copie par notes décroissante. Je l'observais regarder la prof dans une attente anxieuse. A la réception de la copie, je la sentait retenir ses larmes, ses gestes étaient devenus saccadés, nerveux, son attitude supposait une situation dramatique. Aux toilettes je la surpris pleurer sans retenues. Je ne l'avais jamais vu dans un état pareil, d'habitude stoïque et posée. Là elle avait l'air d'une condamnée à mort. Quand elle me vit arriver elle essaya de se reprendre, mais sans succès. J'essayais de la réconforter mais en vain, c'était le drame. Je décidais donc de la laisser en paix dans son deuil.
Ce ne fut pas la seule crise de pleur de Florence dont je fut témoin. Lors d'une sortie scolaire, elle déchira un bout de manche de son parka, certainement contre une branche d'arbre. La ce fut pire, elle se donna aux pleurs en public, rien ni personne ne pouvait la consoler. Je pense que tous avaient pris sa crise pour une manifestation nerveuse pathologique, d'autant plus que cette attitude ne correspondait pas à ce qu'elle avait l'habitude de dégager. La maîtresse la rassurait en lui disant qu'il s'agissait d'une situation bénigne, mais rien, elle continuait à pleurer comme si le ciel allait lui tombait sur la tête.
Je fut très sensible à la situation et décidais de porter mon attention sur elle. Après cet incident on ne la vit pas pendant deux jours. Si tout le monde avais cru qu'elle avait eu besoin de repos pour sortir de sa crise, moi je remarquais quand elle posait ses mains sur la chaise pour pouvoir délicatement s'asseoir. Un geste que je connaissais fort bien. Comment avais je peu ne pas remarquer ce détail avant. Son cas me devenait de plus en plus compréhensible, quelque chose ne tournait pas rond chez elle, et moi je voulais en savoir d'avantage.
La meilleure façon pour moi de me rapprocher d'elle était de lui demander son aide dans les devoirs de mathématique, matière où elle excellait. Florence ne refusa pas son aide, pleine de compassion pour mes lacunes et mon incompréhension dans ce domaine. Timidement elle me proposa de venir après les cours chez elle, c'était une heure où les parents n'étaient pas encore là, les siens comme les miens. Je m'accordait une séance d'une demi heure par semaine, j'avais environ une heure et demi devant moi avant que ma mère n'arrive, mon père ne revenait pas avant vingt heure. Cela me laissait un peu de temps pour m'immiscer dans l'intimité de Florence. Après les cours nous allions directement dans sa chambre, Florence ne m'a jamais fait visité tout l'appartement.
Dans l'entrée au dessus de la porte, je remarquais un crucifix en bois avec un Christ en métal. Un symbole similaire était suspendu dans sa chambre, au dessus de son lit. Une chambre de surface modeste, bien rangée, avec des vieux meubles en bois massif, et un parquet d'origine qui grinçait. Elle habitait le même type d'immeuble en brique rouge, certainement construit au début du vingtième siècle. J'y reconnaissais le même type de fenêtre, cadres en bois ornés de ferronneries dont l'étanchéité précaire laissait passé le froid glacial de l'hiver. Les murs étaient couverts d'un papier peint à rayures verticales dans des tons caramel qui se mariaient parfaitement avec la couleur bois foncé du mobilier. Cet intérieur sobre, dont les seules décorations apparentes se résumaient à un crucifix, de légères moisissures qui ajoutaient au papier peint quelques vibrations de tonalités dans la rectitude des lignes verticales, ainsi que, pendue sur un crochet par son extrémité, près du cadre de la porte, toujours dans une dynamique verticale et assortie au tons du mobilier, une laisse en cuir bien usé. Rien ici ne laissait supposer que l'aménagement fut le choix d'une jeune fille. La présence de cette laisse éveilla mon imagination. J'étais toute excitée à faire des suppositions sur son usage.
Florence était très attentionnée à optimiser les temps qu'elle m'accordait pour répondre à ma demande première, c'est à dire les devoirs de mathématiques, c' étaient incontestablement son domaine de prédilection. Pour moi de la magie noir, apprendre la Kabbale aurait été plus simple, mais son aide me permis de faire un peu de lumière dans mes incertitudes.
Toutes les deux nous surveillions de près l'heure, Florence ne laissait aucune place pour les bavardages plus intimes. Dès que je déviais de sujet, elle me remettais sur les rails. Je fini par ne plus tenter quoi que ce soit qui puisse l'agacer. Vis à vis d'une quelconque amitié, son attitude était distante et ferme, elle était polie et rendait service, comme par devoir moral. Même en tête à tête chez elle, elle suivait le protocole du socialement correcte sans montrer d'émotions, hormis une petite satisfaction, ou plutôt un soulagement de me voir saisir quelques notions d'éducation scolaire. Florence me prêtait ses cahiers d'exercices pour que je puisse corriger mes fautes à la maison. J'acceptais pour faire bonne figure tout en sachant que je n'aurais probablement pas le temps d'y jeter un œil.
Dès que je sortait de chez elle, je rentrais à la maison sur les chapeaux de roues. Je devais sortir le chien, me mettre en tenue de travail et commencer des tâches ménagères.
Notre collaboration avec Florence ne dura pas longtemps, à peine plus d'un mois. En milieu de semaine, affairée aux occupations domestiques, j'entendis ma mère crier un « Cécile !» qui me laissait croire que ça allait barder. Immédiatement, je me précipitais au salon pour prendre connaissance des consignes. Tout de suite je réfléchissais à ce que j'avais peu laissé passé pour que ma mère hausse le ton de la sorte, mille idées me passaient par la tête, mais aucune d'elle ne justifiait une correction.
D'habitude ma mère m'appelait sur un ton calme, même si après, la conversation était amenée à se corser. Là j'avais l'impression que ça gueulait déjà.
J'arrivais l'estomac serré, terrorisée par ce qu'on allait me dire. A ma grande surprise, ma mère avait une attitude très détendue, assise sur son fauteuil, un magazine à la main, c'était presque comme si elle était de bonne humeur. Elle me demanda de lui préparer un thé. J'étais stupéfaite, je m'attendais à une gifle et à ce qu'on m'engueule.
Très calmement , alors que je lui apportais le thé, ma mère me dit que madame Kerva me voyait revenir tard du collège. Mes mains commencèrent à trembler, c'était très visible comme je tenais dans ma main une soucoupe sur laquelle était posée la tasse de thé. Elle se leva brusquement avant que je n'eus le temps de lui remettre le thé, et accusa sur un ton relevé et ferme, tout en me fixant de ses yeux qui guettaient ma réaction :
« Tu traînes où comme ça, Cécile ! »
Le ton de la question, ainsi que le changement de position de ma mère me firent sursauter. La tasse vacilla sur son socle et tomba répandre le thé sur le tapis.
La gifle qui s'en suivit me fit lâcher la soucoupe que je tenais encore. Une deuxième retournée dans l'autre sens le remis le visage face à ma mère qui attendait que je lui dise la vérité sur cette affaire.
Je commençais à sangloter.
« Tu te dépêche Cécile! »
Elle ne me laissait pas le temps d'inventer une histoire, j'étais tenue de répondre sur le champs, sinon c'était une autre baffe qui aurais pour but de me soustraire à quelqu'inventions. Je ne tardais pas à en recevoir une troisième pour répondre que j'allais chez une copine pour faire mes devoirs. J'apportais à ma mère un cahiers que Florence m'avait prêté pour justifier mes déclarations
Comment elle s'appelle ? elle habite où ? Est ce que ses parents son au courant ?
Les questions pleuvaient sur un ton exclamatif, jusqu'à ce que ma mère interroge :
« Tu m'as demandé la permission d'aller chez elle, Cécile ? »
Là j'étais désarmée face à ma mère, j'avais pas demandé parce que je savais d'avance que c 'était non. J'avais à peine ouvert la bouche pour justifier que j'avais agi pour une bonne cause, que ma mère répéta plus sèchement la question :
« Tu as demandé, Cécile ?! »
« Non, maman ... » J'étais en pleurs. Ma mère attendais que je flagelle mon ego en énumérant toutes les fautes que j'avais commises. Que j'en avais fais qu'à ma tête, que je lui avais mentis par omission, que j'avais manqué à mes devoirs domestiques, que j'avais trahis la confiance de mes parents, que j'avais voulu donner raison à ma désobéissance au lieu de chercher à me repentir, …
« Ca mérite quoi ça, Cécile ? » Questionna inévitablement ma mère. J'étais tenue d'accepter la punition comme un bienfait moral et remercier après l'avoir reçu.
« Je mérite une punition maman ... » C'était dit à contre cœur.
« Une punition comment, Cécile ? » Ce genre de remarque suggérais que je prenne bien conscience de la gravité de ma faute.
« Une punition sévère, maman ». J'ajoutais hésitante.
« J'ai pas bien entendu, Cécile ! » Insista ma mère.
Je répétais plus fort, et plus distinctement :
« Je mérite une punition sévère, maman ».

Puisque j'avais déclaré que les parents de Florence était au courant de mes venues chez leur fille, vers dix neuf heure, ma mère m'ordonna d'aller chez Florence lui rendre son cahier et dire à ses parents que je ne pourrais plus rendre visite à leur fille. J'étais rouge de honte, je ne savais pas comment faire. Quand Florence avait consentit à me recevoir, elle avait posé des conditions indiscutables, que je parte de chez elle avant la venue de ses parents, c'est à dire avant dix huit heure, et que sous aucun prétexte je ne leur révèle ma venue. Je supposais qu'elle craignait ses parents.
« Mais maman, je peu lui rendre son cahier demain à l'école. » Avais je répondu.
« Tu as entendu ce que je t'ai dis, Cécile ?! » Reprit ma mère. Elle continua :
« Quand tu vas revenir, on va descendre à la cave. »
« Pas la cave maman, pas la cave... » La cave ça voulait dire que j'allais recevoir des coups de câble. Mon père y avait disposé une échelle dans une position horizontale, coincée entre deux vieilles commodes superposées. On m'y attachait à l'extrémité, le torse retenu par une grosse sangle en cuir sur les barreaux recouverts d'un plaid, bras tendus vers l'avant, les poignets celés à une marche de l'échelle. Je ne pouvais me soustraire à cette position en équerre, les fesses inconditionnellement tendues au supplice. C'était à ma deuxième année au collège que ma mère avait décider d'instaurer ce moyen pour punir les fautes graves. Une manière d'éviter que je banalise la punition était de sévir en fonction de mon age. Comme elle l'avait si bien dit à table chez ma marraine :
« Quand elle voit venir une correction, il faut qu'elle en tremble. » En moyenne deux à trois fois par an, j'avais droit à un rappel au câble à la cave.




jeudi 25 avril 2013

18_Un Retour Difficile




C'était une journée comme une autre, je partis pour l'école de bon matin, sans un souci en tête.
Ma mère avait pris grand soin de me faire couvrir chaudement, cette année l'hiver n'était pas des plus clément. Toute emmitouflée, le béret en laine et les moufles tricotés par tante Josiane, j'arrivais aux portes de l'école.
J'attendais la cloche qui annonçait l'ouverture des portes. J'étais encore en primaire, après deux redoublements qui m'avaient coûté toutes les fureurs de ma mère.
Au premier redoublement, ma mère avait trouvé bon de renforcer la discipline, c'était déjà une sévérité qui me mettait souvent en larmes, quand je rentrait chez moi après les cours. A la maison, je ne connaissais pas le dialogue, j'écoutais des ordres et je devais rendre des comptes. Le ton était rude, « il faut qu'on parle Cécile ». Je ne parlais pas, j'écoutais des remontrances, et j'assimilais mes obligations.
Après mon deuxième redoublement, j'avais perdu toute estime, ma mère avait décidé de faire de moi une bête de somme qui baisse la tête quand on lui parle et qui répond par l'affirmative. Je n'avais pas à discuter, et au moindre manquement, c'étaient les coups de martinet, « la discipline », comme l'avait nommé ma mère. J'étais devenue une fille indigne, et puisque j'étais bête, la meilleur explication s'avérait être la discipline. J'étais devenue corvéable à souhait. Quand ma mère revenait du travail, elle enchaînait ses commandes sur un ton exclamatif, jusqu'à l'heure où je devais regagner mon lit, dix heure du soir, mais il y avaient les manquements, ou les punitions, qui pouvaient prolonger le labeur d'avantage. Après deux redoublements, mon avenir était déjà défini, j'allais trimer dans la vie. Heureusement, il y avait encore l'école qui me soustrayait aux rigueurs domestiques, c'était la raison pour laquelle j'aimais y aller. Dès que ma mère rentrait, c'était un stress continu, si par malheur elle avait revêtu une chemise qu'elle estimait mal repassée, le soir même j'étais appelée pour recevoir une gifle et une engueulade, et je pouvais m'estimer heureuse que ça n'en reste que là. Comme disait ma mère, « la discipline n'est pas loin Cécile ! Tu veux en recevoir ?! », « Non maman », je répondais par l'affirmative.
J'étais sa bonniche, dès qu'elle arrivait, je lui enlevais ses chaussures et j'apportais ses chaussons, et j'avais pas intérêt à ce qu'elle me le rappelle. J'avais codé toute une série d'automatismes, comme celui de baisser la tête quand elle me gronde ou quand elle me fait une remarque, a plusieurs reprises j'avais été sévèrement fouettée pour avoir joué la fière. La seule fierté exigée de moi, c'était cambrée, jambes serrées, fesses tendues, quand je recevait une correction.
« Tu veux faire ta fière, allez montres moi un peu tes fesses, qu'on voit ! ».
A la maison c'était une subordination sans reproche que j'essayais de montrer, à l'école, comme pour me venger, j'étais une forte tête avec les copines, un meneuse, c'était souvent moi qui proposais des jeux et qui instituais les règles.
Ici, je n'étais pas la seule qui recevais des trempes, on était un petit groupe de filles qui se comprenaient. On ne posait pas trop de questions quand une de nos copines arrivait avec un œil au beurre noir. Vesna, une yougoslave, de petite taille, bien an chair, avec de long cheveux souvent ramassés en chignon. Elle, sa mère, son père, et sa petite sœur vivaient dans une piaule en demi sous sol, les toilettes et la douche communes au rez de chaussez. Son père, porté sur la bouteille, était d'un tempérament explosif, ce qui se soldait pour Vesna par des gifles ,qui de temps à autre causaient des hématomes sur son visage, et des coups de ceinturons.
Myriam était la plus chétive du groupe, la plus discrète, dès fois je ne comprenais pas ce qui pouvait la mettre en larmes. Pour la moindre peccadille son père lui donnait la ceinture. Même entre nous, elle avait pris l'habitude de baisser la tête. Cette adorable enfant, fine au grands yeux noirs, au moindre haussement de voix se mettait sur ses gardes.
Laetitia, française de souche, vivait seule avec sa mère, une femme dépressive, qui faisait usage de calmants et d'alcool. Cette mère avait tout une collection de martinets dans un tiroir fermé à clef, une mesure prise pour empêcher Laetitia de couper les lanières des nouveaux venus. Dans ses moments d'hystérie, sa mère la faisait se dénuder pour lui infliger la tourmente du fouet sur tout son corps. Quand Laetitia s'y opposait sa mère allait jusqu'à lui déchirer ses vêtements.

Une fois encore, mon arrivée à l'école, à mon refuge, fut accompagné par la tourmente, je venais de me rendre compte que j'avais oublié les clefs de la maison en sortant.
La cloche venait de sonner, l'heure de rentrer dans cette enceinte protectrice, et plus le temps de revenir sur mes pas, d'ailleurs ma mère devait déjà être partie au travail.
Dans ma tête, c'était la panique, comment échapper au sors qui pouvait m'attendre.
Cet oublis serait certainement considéré par ma mère comme une faute très grave et réprimé en conséquent. J'en devenais folle, obnubilée par chercher une solution, qu'est ce que j'allais dire à ma mère, je me représentais mille situations.
Très vite l'idée me vint d'aller chez ma tante Josiane après les cours, elle avait un double des clefs.
Cette perspective me redonna de l'espoir pour la journée, mais je restais anxieuse.
A la sortie de l'école, je filais droit chez Josiane.
La porte était fermée, il n'y avait personne. Je l'attendis sur le palier, assise sur une marche, je n'avais plus rien à perdre. Je l'attendis longtemps, et je commençais à avoir froid, nous étions en hivers.
Mon espoir ne fut pas vain, j'entendis ma tante monter avec des sacs de courses.
Elle me demanda ce qui m'amenait. Je m'empressais de lui expliquer brièvement ma tourmente.
Josiane me demanda de me rendre utile et de l'aider à ranger les courses.
L'heure avançait, et je voulais rentrer à la maison avant l'arrivée de ma mère.
Josiane argua qu'elle était fatiguée des promenades, et que j'attendrais l'arrivée de ma mère pour rentrer, ce serait plus simple.
« Mais j'ai du travail qui m'attends à la maison », lui dis je. Je n'osais pas lui dire que c'était parce que je craignais la punition, je pensais bien qu'elle trouve ça mesquin que je veuille m'y soustraire.
Je lui proposais d'emprunter le double des clefs et de le lui ramener ultérieurement.
Elle refusa, en me disant que si je voulais m'occuper, elle allait me trouver quoi faire chez elle.
Mon dernier espoir venait d'être rejeté. Mes nerfs venaient de lâcher, j'avouais à ma tante :
« Si ma mère apprend que j'ai oublié mes clefs, je vais me faire punir !», j'étais au bord des larmes.
« Ah, c'est pour ça que tu me fait tout ce cinéma », répondit ma tante.
« Tu veux ma ceinture en prime ?! » Sur ces mots elle m'envoya passer l'aspirateur dans l'appartement. J'exécutais l'ordre dans les pleurs et les larmes.
Le moment arriva où ma tante dut prendre le téléphone pour porter avec ses mots toute l'histoire à ma mère.
J'ai été dépeinte comme une sournoise qui se permettait de hausser la voix, qui lui avait fait tout un cinéma, à tel point qu'elle avait dut me menacer avec la ceinture pour me mettre au travail.
Je perdis tout mon contrôle, c'était mon arrêt de mort que ma tante venait de signer, moi je paraphais :
« C'est pas vrai ! C'est pas ça ! », criai je désespérément.
« Tu l'entends ? » Continua ma tante en communication.
Je venais de réaliser ces mots en trop et je stoppais toute résistance, pleurant, désespérée.
Quand elle raccrocha, ma tante me mis sadiquement en garde :
« C'est la discipline qui t'attends, tu vas voir ce que tu va prendre ! »
Mes pleurs reprirent de plus belle.
Les jambes en coton, je marchais vers l'abattoir. Je broyais du noir tout au long du chemin, ce qui allait m'arriver, c'était plus que grave, c'était terrible.
Je venais de passer la porte d'entrée de notre maison, celle du rez de chaussé. A ma grande surprise j'y découvris ma mère qui guettais, à la même place où Madame Kerva attendait ses bougres.
Le martinet à la main, sans aucune nécéssité de donner des explications, elle m'assena deux coups de sa discipline sur les mollets. Je poussais un cri d'horreur et je me précipitait à gravir les marches jusqu'au premier étage. Ma mère montait tranquillement. Voyant son approche froide et déterminée, l'idée de me réfugier un étage plus haut me traversa l'esprit, je levais la tête. Là je vis Madame Kerva, dominante, la main sur le garde corps, observant la scène. Elle devait certainement avoir vu ma mère attendant comme elle derrière la porte, pour se douter qu'il y avait de la réprimande dans l'air. Peut être même que ma mère l'avait informé qu'elle allait me coller une magistrale.
Quand ma mère arriva à l'étage, commença la gueulante :
« Je vais t'apprendre à hausser la voix Cécile ! Crois moi, on va t'entendre ! »
« Il va falloir qu'on matte ton caractère !»
«Ca va marcher à la baguette, jusqu'à ce que je vois que tu t'es bien reprise ».
Ca grondait, et les insultes allaient de paire avec les menaces :
« Mais pour qui tu te prends, petite saloperie ?! »
« Tu vas en chier, tu va voir ! » 
Le fait que ma mère est prit la peine de m'accueillir, le martinet à la main, au pas de l'entrée de l'immeuble, m'annonçait une tornade des plus drastique.
Je m'était calfeutrée dans un coin, debout le dos au mur, les mains croisées sur les épaules.
Elle criait ses menaces à m'en rendre folle :
« Tu vas le sentir par où je vais te reprendre ! » Une phrase qui m'annonçait que les lanières du martinet allaient aussi bien sévir sur les zones pubiennes.
L'envie de fuir me traversa l'esprit, mais il n'y avait pas d'issue, en face ma mère, en haut Madame Kerva. Cet élan fut avorté avant même de naître.
« Montre moi que je peux encore te considérer comme ma fille, Cécile ». Ma mère désigna du doigt la rampe d'escalier.
Les nuances du langage de ma mère, je les connaissais comme l'alphabet qu'on apprend dès la primaire.
« Tu te met en place, Cécile ! »
« Tu me montres un peu ton cul », ou bien « tes fesses, Cécile ! »
Simplement « Cécile ! » dans son contexte suffisait pour me mettre en position.
Un langage non verbale avait souvent lieu, un regard directionnel vers le bout du mur contre lequel j'avais l'habitude de me cambrer, et j'obéissais, comme à la reine.
Depuis l'arrivée du martinet, le subterfuge des supplications m'avait été enlevé, j'étais considérée trop grande pour supplier maman à genoux de pas donner la fessée, ou de l'amoindrir.
« C'est fini le cinéma, Cécile ! Maintenant quand tu fais une connerie, tu l'assumes ! », elle m'en avait collé une qui me fit ramper par terre pour que je retienne que « le cinéma », je pouvais me le garder si je ne voulais pas finir à genoux devant elle.
Depuis mon enfance elle m'avait dressé à savoir comment me la prendre.
« C'est avec les coups de discipline qu'elle rentre l'obéissance », disait ma mère.
Des réflexions qui me faisaient frémir et en même temps me résignaient à considérer la méthode comme inévitable et salvatrice. Quand j'étais plus jeune ma mère me disait que c'était mon diable qu'on entendait sortir quand je criais durant une correction.
« Je lui ai fais sortir son diable » avait dit un jour ma mère en parlant de moi à ma marraine.
Quand j'entendais ma mère parler de moi, j'étais constamment mauvaise, j'avais paraît il des cornes qui poussent.
« Il est grand temps que je lui taille les cornes », c'était le genre de remarques prononcées en ma présence, qui avaient pour but que je prenne conscience que j'atteignais les limites du tolérable, et que la ceinture bordeaux, la préférée de ma mère, rentre prochainement en action pour me remettre sur le droit chemin.
C'était le diable qui me tentait aux caprices et à l'insubordination, c'était lui qui me poussait au mécontentement et aux fourberies, telle était l'image du mal que m'avait inculqué ma mère dans l'enfance.
L'image du petit diable qui me souffle des sournoiseries à l'oreille s'était tarie avec le temps, puisque j'en étais devenue l'incarnation, une fainéante, une prétentieuse, une insolente, …, sans oublier qu'en prime j'étais redoublante.
Elle avait pourtant tout fait pour que le mal ne prenne pas en moi racine, mais c'était moi qui à chaque fois me laissais tenter.
Ma mère avait peu de retenue sur la douleur d'une punition, parce que c'était par la souffrance qu'on devenait bon, et surtout quand on se résignait à la supporter.

Je me préparais, ma mère allais me donner une leçon de discipline, et en présence de Madame Kerva elle voudrait se montrer d'autant plus à la hauteur.
J'enlevais mon cartable, mon manteau, ma jupe. Je glissais mon collant et mon slip jusqu'au genoux.
Le martinet cingla d'une force effroyable sur mes cuisses, je hurlais, tapant des pieds sur place.
« Plus bas ! » cria ma mère . Je me cambrais pour glisser mon slip juste au dessus des chevilles, là ou s'arrêtait mes bottillons en caoutchouc beiges.
Ma mère m'attacha les poignets écartés à la rambarde du garde corps avec une paire de mis bas qu'elle venait de sortir de la poche de son peignoir en laine. Elle s'était mise en tenue d'intérieur avant mon arrivée. Quand elle arrivait du travail, je l'aidais à se mettre à l'aise, elle s'asseyait et je lui enlevais ses chaussures que j'avais à nettoyer après, dessus, comme semelles. Je lui apportais ses mules d'intérieur et la chaussait. Je rangeais son tailleur et lui apportais un de ses peignoir de chambre. C'était sa tenue décontractée domestique quand il n'y avait pas d'invités.
La position à laquelle j'étais astreinte ne me laissait pas d'autre alternative que de rester debout et de cambrer mes fesses.
Le premier coup de martinet embrasa mon postérieur qui aussitôt cherchait une position de retrait.
Ma mère ne ménageait pas la dureté des coups et enchaîna par un rappel sur mes cuisses pour me remettre en mémoire que le derrière devait resté bien cambré. Ma réaction à cette douleur fut de lever un pieds. Ma mère me rappela en position et cingla mes mollets, je savais que c'était pour me punir d'avoir levé le pieds, je hurlais à nouveau et gigotait mes jambes dans tous les sens, et ce fut un coup sur le pubis qui me rappela que je devais me tenir jambes serrées. J'étais devenue une sirène hurlante qui tirait sur ses lien et qui s'agitait comme une folle.
Ma mère fit une pause pour me rappeler sa promesse :
Je vais t'apprendre à hausser la voix Cécile ! »
La première série de coups venait de passer, et j'avais déjà dépassé les limites de ce que je pouvais supporter. Malheureusement je savais très bien qu'il ne s'agissait que d'un prélude à ma vocalise.
Au moindre écart de mes cuisses, le martinet frappait sur mon pubis, et durant les pauses, ma mère en profitait pour me formater le cerveau :
« Est ce que tu te rend compte de ton insolence, Cécile ?! »
« T'en est fière ?! »
« Pour qui tu te prends ?! »
A toutes ces questions j'étais tenue de répondre.
Dans l'intensité de ses coups, ma mère était passée d'un mode sévère à un mode très sévère. Certainement la température du palier ne convenait pas à sa tenue domestique.
L'élégant martinet de ma mère était un instrument terrible, au diapason très large. Les dix lanières rondes, d'une longueur avoisinant les trente cinq centimètres étaient d'un cuir lourd et élastique, un peu comme de gros vermicelles blancs. Cet instrument n'avait rien à voir avec les chasses mouches qu'on trouve dans le commerce, ma mère avait investi dans la pérennité, l'objet devait être assez efficace pour me servir à l'adolescence. Ma mère l'avait commandé chez son cordonnier, un bon, pour tanner le cuir du chien et le tenir en respect. Le cordonnier avait fait du zèle sur la qualité du cuir et lui avait remis un fouet digne de châtier les cadets de l'armée prussienne.
Elle était fière de son martinet, elle avait dit que pour le collège il serait encore bon. Ces paroles m'annonçaient de longues années sous la férule maternelle.
J'avais beau le recevoir par dessus culotte et collants en laine, que je le sentait aussi féroce, comme sur la peau nue. Jouant du diapason de son intensité, ma mère accordait aisément ma vocalise.
Ce martinet c'était mon cauchemar, ma terreur, quand ma mère m'informait d'une rouste pour un jour prochain, j'en dormais pas de la nuit. Arrivant devant moi l'instrument à la main, je prenais une attitude des plus suppliante.
« Tu va déguster, Cécile », le regard accusateur, elle avertissait sur un ton calme, moi je sentais monter les larmes.
A chaque coup, je sentais la douleur à travers tout mon corps.
Après la deuxième série de coups, j'avais dépassé le stade de l'insupportable. Les main à la rambarde, arquée, les fesses rentrées, je venais d'enlacer un barreau du garde corps avec mes jambes. Je serrais fort mes cuisses contre le barreau pour ne plus avoir à subir les lanières sur mon pubis.
Ma mère ne me rappela pas verbalement à me position, elle marqua une pause pour me hurler dessus combien j'étais une mauvaise fille.
Elle s'approcha et releva doucement mon pull au niveau des aisselles.
Ce geste me parla instantanément :
« Tu vois Cécile, tu ne veux pas te remettre en place, alors c'est sur le dos que tu vas prendre, tu as gagné ».
Les deux séries suivantes, je fut fouettée sur le dos, pour moi c'était presque aussi horrible que des coups sur le pubis.
A plusieurs reprise, je m'étais remis en place, mais non, rien à faire, j'étais punie, c'était le dos qui se prenait les deux dernières salves.
A nouveau ma mère venait de me réduire à une loque hurlante. Quand elle me détacha, je ne tenais presque plus sur mes jambes. Elle me fit m'agenouiller face contre mur sur le palier.
Quand elle reviendrait, je devrais me tenir calme pour les excuses.